Ces trois là étaient venus pour trouver à manger. Personne ne leur en aurait voulu s'ils avaient demandé l'hospitalité. Mais ils étaient aussi venus pour tuer et ils laissaient les larmes et le malheur derrière eux.
Arghayl, le chaman, l'avait choisi parcequ'il venait de rentrer dans l'âge d'homme et qu'il n'avait pas son pareil pour approcher les coqs de bruyère jusqu'à les toucher. Si le jeune garçon ramenait, à lui seul, les têtes de ces trois tueurs de femmes, le clan l'accepterait définitivement. Arghayl l'avait surtout choisi pour çà, car, il y a longtemps, c'est lui qui avait trouvé le nouveau né exposé au gel sur la Roche et l'avait ramené au clan.
Maintenant, il est nu devant les hommes du clan, debout sur la pierre bleue, il ne tremble plus. Arghayl lui a fait boire une mixture qui a réchauffé et appaisé son corps, il ne sent plus la morsure du froid. Les doigts enduits d'un liquide sombre, le chaman trace sur sa peau nue les runes qui abusent les yeux de l'ennemi et donne l'apparence de l'ombre tranquille. Puis, avec ses poudres et infusions, il masque l'odeur d'homme du jeune chasseur. Il attache à ses bras les crocs de l'ours puissant, à ses chevilles les griffes du renard silencieux et plein d'astuce.
Quand Arghayl lui tend les deux lames noires, il n'hésite pas, il s'en saisit. Il n'est même pas étonné de cette vague qui l'emplit et qui vient de la Roche bleue.
.../... avec la brume, la suite viendra sans doute...