3 coups de poing et 5 minutes. C est tout ce qu’il avait fallu pour l’envoyer au fin fond de la tour de fer de Tarentia avec une condamnation à mort à la clé.
3 coups de poing c’était ce qu’il avait infligé à ce maudit nobliau pour avoir passé cette pauvre vieille femme à tabac au prétexte qu’elle avait osé le bousculer. Le premier coup toucha à l’occiput faisant perdre la vue et l’équilibre au freluquet, le second toucha la mâchoire faisant céder les os et les dents sous l’impact, le dernier arriva en pleine face faisant éclater le nez dans une gerbe de sang. Le visage en bouillie, le nobliau déclara « fe me fenferai ».
5 minutes fût le temps que dura son procès. A peine avait-il eu le temps de laisser ses armes et son équipement à un ami dans la ville qu’une dizaine de gardes en armes lui étaient tombés dessus pour l’amener devant un semblant de tribunal présidé par le père du nobliau. Le magistrat déclama d’une voix solennelle que « la seule sentence possible, pour cet attentat politique à son encontre était…la mort ». Il comprit alors ce que « fenferai » voulait dire.
Décidément, cette ville était devenue complètement folle, aussi folle que son roi était fou.
Du fond de sa cellule sombre et humide, il se rappelait sa Cimmérie natale où enfant il chassait dans les montagnes gelées avec ceux de son clan, les chasseurs de l’hiver. Ces années avaient fait de lui un homme robuste à la musculature solide et aux sens aiguisés. Fils de forgeron, il était devenu le maitre forgeron du clan à la mort de ce dernier. Mais l’appel de l’aventure lui fit quitter cette vie douillette pour découvrir le vaste monde.
Il repensa également à se amis, ses frères d’arme, ceux qui devinrent sa nouvelle famille. A l’époque, cherchant gloire et fortune, il avait pris les armes aux côtés des miliciens de la petite ville de Tesso qui était devenue la proie d’une bande de pillards. Après plusieurs escarmouches, les bandits s’étaient regroupés et avaient lancé l’assaut final. La bataille fit rage pendant toute une matinée. Dans ce chaos d’armes, de cris et de sang, le cimmérien vit toute son unité périr sous les coups des pillards. Si bien, qu’à la fin de la bataille, sur le flanc qu’il défendait, il fût le seul survivant face à une dizaine d’assaillants. Derrière eux, arrivèrent 5 cavaliers qui restèrent à bonne distance. A la vue de leurs armes et armures, le cimmérien sût immédiatement que ceux-là étaient de redoutables guerriers. Il y avait un aquilonien en longue robe bleue, deux guerriers très lourdement armés, un sorcier et une prêtresse stygiens. Il pensa que s’il survivait à la piétaille, le combat contre leurs cinq chefs était désespéré. Face à l’inéluctable, une sourde colère commença à poindre en lui annihilant toute forme de raisonnement, la colère fit place à une rage sans borne puis vint la furie destructrice. Une arme dans chaque main, il chargea ses opposants. Quiconque assista à la scène eut l’impression de voir un cyclone d’acier et de haine s’abattre sur les pillards. Le cimmérien, dans sa folie destructrice tailla, trancha et démembra à une vitesse ahurissante. Les rares coups que les bandits purent rendre à travers ce tourbillon de lames ne firent que l’égratigner. Le cimmérien reprit ses esprits après le carnage, il faisait désormais face aux cinq cavaliers qui bavardaient avec désinvolture et riaient, se moquaient-ils de lui ? Comment osaient-ils ? Quitte à mourir, il leur ferait payer cet affront.
L’aquilonien descendit de cheval et s’avança, le cimmérien se prépara à charger, après tout la mort sur le champ de bataille était plutôt glorieuse et il s’en satisferait. Il s’élança lorsqu’une formidable vague d’énergie le cloua sur place, maudit sorcier !!!
-Du calme mon garçon, nous ne te voulons aucun mal.
L’aquilonien était blond avec une fine moustache et son visage était emprunt de l’immense sérénité de ceux qui savent qu’ils n’ont rien à craindre.
-Vous avez vaincu les miliciens, vous pourrez piller la ville comme bon vous semble mais il faudra me tuer d’abord.
_ Nous n’avons rien à voir avec ces pillards, nous avons été engagés par le seigneur de ces terres pour mettre un terme à leurs agissements. Nous avons trouvé leur campement à une demi-lieue d’ici et tué leurs chefs. Nous venions prêter main forte à votre milice lorsque nous t’avons vu faire face à ces hommes, c’était très impressionnant. Comment t’appelles-tu ?
-Je suis Temujin des chasseurs de l’hiver. Pourquoi ne pas m’avoir aidé si vous étiez là pour ça ?
-En fait, j’avais parié que tu t’en sortirais, les autres pensaient que tu tomberais, tu m’as fait gagner une somme rondelette mon garçon.
Les deux hommes se fixèrent droit dans les yeux et éclatèrent ensemble dans un rire tonitruant. Lorsqu’ils se calmèrent, le cimmérien reprit.
-Et maintenant ?
-Maintenant, tu peux choisir de te joindre à nous. Ton ardeur au combat a convaincu mes camarades que tu pourrais rejoindre les rangs de notre organisation, la Legio Auxilia. Je suis Blackangel prêtre de mon état et je te présente Dibolo et Eckeziel deux terribles soldats, Zabouwar la prêtresse stygienne et enfin Evelion le sorcier qui t’as empêché de me sauter à la gorge. Nous ne sommes que quelques représentants d’une vaste organisation de mercenaires qui oeuvrent pour un monde meilleur. Nous suivras-tu ?
-Je pense que oui, rien que pour ton sens de la dérision et ton ironie, ça doit valoir le coup de te suivre.
-Je te suis gré de le reconnaitre, dit Blackangel en suriant de toutes ses dents. Bienvenue à bord camarade, mais dis moi ?
- Oui ?
-Outre ton fait d’arme, autre chose nous a impressionnés, presque terrifié à vrai dire. En plein cœur du combat, ton visage n’affichait aucune expression, pas le moindre rictus ni battement de cil, rien. Tu semblais porter un masque, le masque froid et lisse de la Mort elle-même. En est-il toujours ainsi ?
-Je n en sais rien, c’est la première fois que j’entend ça.
-Bien….Dans ce cas, au sein de la Legio Auxilia, tu seras Glacial, l’homme au masque de glace.
-Eh bien…Qu’il en soit ainsi.
Glacial en était là dans ses souvenirs quand il entendit un bruissement d’ailes. Devant l’incongruité de la présence d’un volatile dans un tel lieu, il chercha l’animal des yeux. Lorsqu’il vit le pigeon noir, son sang ne fit qu’un tour. Blackangel sonnait le rappel des troupes, l’heure devait être grave. Il devait sortir d’ici au plus vite, aussi se tapit-il dans l’ombre devenant ainsi quasiment invisible. Cela eut l’effet escompté, lorsque qu’un garde passa devant la cellule, il l eut l’impression qu’elle était vide aussi s’empressa t’il d’ouvrir la porte pour vérifier. Glacial bondit tel un félin et mordit le garde à la gorge tel un loup, celui-ci s’étrangla dans son propre sang sans avoir pu émettre le moindre son. Le cimmérien prit son glaive et ses clés puis avança discrètement jusqu’au second garde de l’étage qui lui tournait le dos. Celui-ci mourut sans savoir ce qui lui arrivait. Il devait désormais se hâter, les patrouilles avec leurs maudits chien étaient fréquentes, aussi ouvrit il un maximum de cellules et confia les clés à un autre prisonnier pour qu’il finisse. Le bruit et la fureur commençaient à gagner l’étage supérieur, il devait profiter de l’émeute pour se faufiler dehors avant que celle-ci ne soit matée par les gardes. Les détenus balayaient les premières patrouilles sous leur nombre. Glacial savait que ce n’était qu’une question de temps avant que les gardes s’organisent et matent les mutins, il laissa donc les prisonniers partir devant et chercha l’office du capitaine de la garde. Il y trouva exactement ce qu’il cherchait, une fenêtre sans barreau. Loin des fracas de l’émeute, il entreprit de descendre de la tour en l’escaladant. La roche était glissante et coupante mais son enfance dans les montagnes cimmériennes avaient fait de lui un grimpe en l’air hors pair. Il réussit à atteindre le sol pour tomber sur quatre gardes qui couraient vers l’entrée de la tour. Le masque de glace tomba sur son visage tandis que la fureur commençait à bouillonner dans ses veines.
Encore un peu de patience Blacky, Glacial répondra de nouveau à l’appel.